LES POLITIQUES FONCIÈRES

ET LA MORPHOLOGIE AGRAIRE

AU BURUNDI

 

NOTE DE PRÉSENTATION

 

 

 

 

Les analyses de morphologie agraire concernant différents terroirs du Burundi sont à lire en regard des lignes de force de l’histoire et de la politique agricole et sociale récentes.

 

 

La modernisation agricole

 

Le pays a été l’objet d’une politique agricole de modernisation. Cette politique a été génératrice de conflits

Le pouvoir tutsi a lancé le pays dans la voie de la modernisation agricole, en utilisant divers moyens : la création de Sociétés Régionales de Développement, la villagisation et les projets de défense de la nature. Cette politique a coïncidé avec la prise de contrôle de l’appareil de l’État par les élites tutsis et leurs parentèles.

On a discuté le fait de savoir si la politique agricole du pouvoir depuis l’Indépendance n’avait pas été la source principale d’un conflit entre la paysannerie et les élites, cause majeure des conflits ethniques qui ont bouleversé le pays à plusieurs reprises (Ndarishikanye 1998).

La discussion porte sur l’intérêt des méthodes agrotechniques proposées en remplacement des savoir-faire paysans, comme la monoculture (culture pure au lieu de la polyculture), l’éclaircissage des bananeraies, le paillage des caféiers à l’aide des feuilles de bananier, ce qui occasionne un important transfert de biomasse. On y a vu un moyen pour l’État de s’assurer le contrôle réel des productions. Cette impression est renforcée par le fait que la vulgarisation technique est impulsée depuis le haut avec l’aide de moniteurs et de cadres administratifs. Le pouvoir a développé la figure du “paysan modèle“ ou “pilote” ou encore “progressiste”, mais dans la population, ces paysans avancés soutenus par le pouvoir central (tutsi) ont été assimilés aux paysans tutsis aisés.

 

La protection de la nature a été une autre façon de détériorer les relations entre la paysannerie et l’État. La question est celle du reboisement et celle des parcs nationaux. Le reboisement a été repris à partir des années 1980 avec l’aide de la Banque mondiale, de la Coopération française et du Bureau International du travail. Il a été permis par la réquisition de terres de culture ou de pâturage, classées comme « terres vacantes à vocation forestière », et par l’obligation “communautaire” d’un jour de travail par semaine pour les populations locales. Le choix du pin a été jugé regrettable en raison des incendies de forêt.

 

La villagisation, active pendant la deuxième République, consiste à regrouper des paysans dans des villages neufs afin de leur permettre de profiter des équipements de base : eau, électricité, école, centres de santé. Mais c’est aussi un moyen de mobiliser de la main d’œuvre, quelquefois gratuitement pour des tâches diverses : construction de routes, reboisement, extension de la caféiculture. Cette politique a provoqué la réticence des paysans. Elle a été mise en veilleuse à partir de 1987.

 

 

Les effets morphogénétiques de la modernisation

 

Les effets de ces différentes politiques récentes sont partout visibles. Les plus manifestes sont :

- la fondation de nouveaux villages, villages rues ou villages en damiers, d’aspect colonial ; la villagisation a laissé des marques évidentes dans les formes agraires contemporaines du Burundi.

- la planification agraire qui peut atteindre, comme dans le couloir de plaines situées au nord de Bujumbura, des superficies considérables. Là encore, la marque morphologique est considérable.

- la création de grandes plantations destinées à une monoculture, comme les palmeraies de Rumonge.

 

 

La question foncière est dominée par l’insécurité

 

Cette insécurité s’explique par diverses causes ou situations historiques récentes.

- l’appropriation par l’État de diverses terres pour la bonne marche de ses projets d’intensification agricole.

- la succession des crises et des drames a provoqué des déplacements de populations, des abandons de terres, et encouragé la redistribution foncière. Mais, aujourd’hui, se pose le problème du retour des différentes vagues de réfugiés, principalement ceux de 1972 et 1993.

- la situation juridique reste complexe du fait des héritages et des travaux en cours : rédaction d’un nouveau code, mise en œuvre de la prescription trentenaire, affirmation de la propriété privée en même temps que l’État applique de fait une forme d’appropriation domaniale, etc.

 

Il apparaît évident que la situation gagnerait à évoluer dans le sens :

- de la décentralisation effective de la gestion du foncier ;

- dans l’encouragement à la pratique de modes locaux de résolution des conflits, dans le cadre du respect des lois ;

- enfin, de l’évaluation des effets de court, moyen et long terme des changements apportés à la morphologie agraire, dans le domaine économique, social, environnemental et culturel.

La définition de morphologies agraires et paysagères à caractère patrimonial, représentatives de la culture agropastorale, pourrait jouer un rôle de sensibilisation. Il n’y a, en effet, aucun site burundais sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco.

 

GC – CNRS et FIEF

 

Bibliographie

 

Barnabé NDARISHIKANYE, Les rapports État-paysannerie au centre du conflit ethnique au Burundi, Cahiers d’Études Africaines, année 1998, vol. 38, n° 150-152, p. 347-383.

 

 

Mathijs VAN LEEUWEN et Linda HAARTSEN, Les conflits liés à la terre et les mécanismes locaux de résolution des conflits au Burundi, Rapport pour CED-CARITAS Burundi, Bujumbura 2005 ; disponible sur internet

 


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