Sous la direction de

Mohammed ELLOUMI et Anne-Marie JOUVE,

 

Bouleversements fonciers en Méditerranée

 

Des agricultures sous le choc de l’urbanisation et des privatisations

 

Editions Karthala et CIHEAM,

Paris 2003, 384 p.

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Table des matières

Préface,

par Vincent Renard

 

Introduction générale

par Mohamed Elloumi et Anne-Marie Jouve

 

Première partie

Mutations des agricultures périurbaines

 

André Fleury

L’agriculture périurbaine sur le littoral méditerranéen français

 

Mohamed Elloumi, Salah Selmi, Mohamed Hammami

Agriculture périurbaine dans le grand Tunis : pression urbaine et stratégie des agriculteurs

 

Theodosia Anthopoulou et Antonis Moissidis

L’espace rural périurbain : rupture ou inévitable continuité et adaptation ? Le cas grec (Athènes et Corinthe)

 

Françoise Jarrige

Les enjeux pour l’agriculture dans les territoires périurbains de Montpellier

 

Anne-Marie Jouve et Claude Napoléone

Stratégies des agriculteurs et réorganisation spatiales sous contrainte de la périurbanité. Étude du pays d’Aix-en-Provence

 

Ghislain Geniaux et Claude Napoléone

Modélisation des stratégies des propriétaires de terres agricoles face au marché foncier périurbain

 

Slimane Bédrani et Ahmed Bouaita

Le foncier agricole périurbain en Algérie

 

Fatmir Guri et Anne-Marie Jouve

Formation d’un marché foncier sur le littoral albanais

 

 

 

 

 

 

Deuxième partie

Impact de la privatisation du foncier

 

Abdallah Ben Saâd

Les retombées de la politique de privatisation des terres collectives dans le Sud tunisien : inégalités foncières, disparités sociales et dégradation des ressources naturelles. Cas de la plaine de Bled‘amra-Gafsa

 

Mohamed H. Abdel Aal

Impact des politiques de libéralisation sur les agriculteurs en Égypte. Conséquences de la Loi de réforme agraire n° 96/1992 sur le fermage

 

Adrian Civici

Restructuration foncière en Albanie : logique et effets d’une politique de privatisation totale des terres

 

Laurence Amblard, Jean-Philippe Colin, Françoise Simon

Changement institutionnel et pratiques organisationnelles et contractuelles : la réorganisation fonière en Roumanie

 

Mohamed Mahdi et Majid Benabdellah

Foncier et migrations dans le Sud marocain

 

Jean-Pierre Chauveau

Dynamiques foncières, changements législatifs et durabilité de l’agriculture familiale de plantation dans la région forestière ivoirienne

 

 

Présentation

 

Résultat d'une coopération du CIHEAM et de l'UE, cet ouvrage analyse, à travers 14 contributions, les changements des structures foncières des espaces périurbains dans le bassin méditerranéen dans le contexte de la privatisation du foncier et de l'urbanisation.

 

 

 

Les éditeurs

 

Mohamed ELLOUMI est chargé de recherches à l’Institut national de la recherche agronomique de Tunisie.

http://www.google.fr/#hl=fr&source=hp&q=Mohamed+Elloumi&aq=f&aqi=g1&aql=&oq=&gs_rfai=&fp=9affa545ef8f9f4

 

Anne-Marie JOUVE expert foncier, a été chargée de recherches à l’Institut agronomique méditerranéen de Montpellier.

http://www.iamm.fr/recherche/chercheurs/jouve/publications/index.html

 

 

 

 

Commentaire

 

Ce livre, issu d’une recherche en réseau, rassemble une quinzaine de contributions. Il affronte la difficile question du devenir de l’agriculture péri-urbaine sous les effets de l’urbanisation et de la privatisation dans les pays du pourtour de la Méditerranée. Alors que jusqu’aux années 1990 les politiques publiques agricoles agissaient le plus souvent sur les structures, favorisant notamment la concentration foncière, depuis cette date on s’en remet plus aux effets du marché et à la vérité des prix. En privatisant, en donnant au marché foncier plus de poids, on soumet ainsi les évolutions de structure aux impératifs de libéralisation des échanges. Au cœur de l’ouvrage, un article de modélisation “hédonistique” cherche d’ailleurs à démontrer que les acteurs les plus conscients des évolutions anticipent la constructibilité future de la terre agricole pour l’évaluer et adapter leurs choix (Ghislain Geniaux et Claude Napoleone).

Les évolutions constatées renforcent l’opposition entre une agriculture et des structures productives et compétitives et une agriculture et des structures de type familial encore dominantes dans certaines régions. Alors que les pays disposant de la rente pétrolière peuvent s’engager dans une mise en œuvre très active des terres agricoles, d’autres pays voient la privatisation se traduire par le développement des petites exploitations (Albanie, Roumanie par exemple). Certains pays changent radicalement de politique agraire, comme la Turquie, qui, après deux réformes agraires mettant en œuvre une redistribution de terres prises aux grands propriétaires (en 1945 et en 1973), permet par une loi de 1984 le retour des propriétaires expropriés.

Les secteurs d’agriculture périurbaine sont particulièrement intéressants à étudier en raison de leur sensibilité à l’évolution foncière. Les éditeurs parlent d’un « front pionnier d’agriculture spéculative intensive en capital autour des villes » (p. 19). Mais, malgré cela, cette forme d’agriculture n’est ni reconnue, ni soutenue. Dans la tension périurbaine, c’est toujours la ville qui gagne du terrain. Ce qui permet de constater que ce n’est pas l’agriculture qui est au centre du processus d’évolution, mais bien le foncier.  Les agricultures périurbaines sont placées sous la pression du prix de la terre et du coût des transports. Plusieurs articles étudient la façon dont les entrepreneurs agricoles, pour se maintenir, mettent en œuvre des stratégies de contournement du blocage foncier : il s’agit alors soit d’intensifier une pratique déjà en place, soit de spécialiser en faisant le choix d’une production susceptible d’être vendue sur le marché urbain, soit de diversifier en associant plusieurs types d’activités pour une utilisation optimale de la main d’œuvre familiale.

Les rapports de production ont été marqués par un développement de la propriété privée individuelle, par la reconquête de la terre par les propriétaires fonciers ou anciens propriétaires, au détriment des formes de tenure. En Égypte (travaux de M. H. Abdel Aal), en Albanie (Adrian Civici), en Roumanie (Laurence Amblard, Jean-Philippe Colin, Françoise Simon), en Tunisie (A. Ben Saâd), par exemple, le mouvement d’ensemble est le même, au-delà des spécificités régionales (par exemple en Tunisie ce sont les espaces pastoraux qui sont concernés, alors qu’en Albanie et en Roumanie, ce sont les anciens domaines collectifs de l’agriculture socialiste). Le tournant est souvent pris au début des années 1990. Il se traduit par une hausse du nombre des exploitations, qui peut être quelquefois spectaculaire. Ainsi, en Tunisie, entre 1962 et 1995, le nombre des petites exploitations de moins de 5 hectares s’est accru d’environ 89 %.

Mais le morcellement souvent extrême qui en est résulté, et sur lequel un livre précédent avait attiré l’attention (Jouve (dir.) 2001), a vite posé un problème sérieux pour le modèle de l’agriculture individuelle. Bien qu’il soit voulu par la population paysanne, c’est un modèle condamné. Il l’est car l’évolution de l’agriculture exige des formes plus mobiles et plus souples, susceptibles d’adaptations rapides. Or, seules les régions à fort potentiel sont en mesure de faire face à de véritables stratégies de spécialisation. Le constat d’échec de l’agriculture individuelle non spécialisée et reposant sur la petite exploitation se lit dans un phénomène inquiétant que plusieurs études du volume ont pointé : le désinvestissement. Il se constate en raison du coût que représenterait une exploitation de type spéculatif (eau, intrants). Nombre d’exploitations ne luttent pas et se contentent d’une production limitée à l’autoconsommation. Dans ces conditions, les politiques agraires récentes peuvent s’avérer un échec massif.

Le livre souligne un lien qui mérite l’enquête. En présence d’exploitations consacrées à la culture intensive avec apport de capital, comme l’arboriculture, la viticulture et le maraîchage sous serre), on constaterait principalement un mode de faire-valoir direct et un haut degré de sécurité foncière. En revanche, l’insécurité dominerait là où on pratique la culture annuelle moins exigeante en capital et en travail, parce que le mode serait le faire-valoir indirect, sur la base de contrats.

À cette tension fondamentale qui crée une ligne de fracture très nette, les études ajoutent, néanmoins, une dimension supplémentaire, au moins dans les pays développés : l’évolution de la gestion de la terre dans un sens patrimonial qui ouvre une nouvelle voie avec le tourisme, l’entretien du paysage, et les  nouvelles formes biologiques de production.

 

Anne-Marie JOUVE (dir.), Terres méditerranéennes. Le morcellement, richesse ou danger ? , ed. Karthala CIHEAM, Paris 2001, 264 p.

 


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