Moustapha DIOP

 

 

 

Réformes foncières et gestion des ressources naturelles en Guinée.

 

Enjeux de patrimonialité et de propriété dans le Timbi au Fouta Djalon

 

 

 

ed. Khartala, Paris 2007, 448 p.

 

Préface de Pierre Philippe REY

Postface de Étienne LE ROY

 

:2011-01-23:DiopGuinée.JPG

 

 

 

Table des matières simplifiée

 

Préface

Introduction générale

 

Première Partie

Terre et sacré

 

Sacralisation des terres des bas-fonds

Les traces de Baga dans les bas-fonds au Fouta Djalon

Désacralisation des terres de bas-fonds

La gestion des bas-fonds et libéralisme économique

 

Deuxième Partie

Terre et territoire

 

Lignages et territoires au Fouta Djalon

Tapade et colonisation au Fouta Djalon

L’État et la Tapade au Fouta Djalon

 

Troisième Partie

Terre et marchés

 

La gestion traditionnelle de la plaine de Timbi-Madina

Colonisation et aliénation des terres de plaine

L’État dans la plaine de Timbi

 

Conclusion générale

Quelles perspectives de sécurisation foncière pour la Guinée ?

 

Postface : La piste de Timbi-Madina

 

Bibliographie

 

Glossaire

 

Index des catégories locales

 

Table des matières

 

 

 

L’ouvrage (présentation de l’éditeur)

 

La question foncière est actuellement en Afrique le point d'ancrage d'enjeux multiples.

Elle touche particulièrement l'accès aux ressources naturelles et au pouvoir politique. Cette compétition vitale provoque des " conflits " liés aux problèmes identitaires statutaires, de succession et de transmission. Elle suscite aussi des problèmes alimentaires et des guerres civiles pour le contrôle des territoires ou des ressources naturelles. La pression du marché sur les terres et la nécessité de l'aménagement du territoire accentuent le plus souvent des mutations socio-économiques, transformant les espaces, le paysage et l'écosystème.

Ces problèmes sont appréhendés ici à partir des concepts de “patrimoine” et de “propriété” dans une perspective historique, anthropologique et juridique. Pour l'auteur, une bonne politique foncière devrait tenir compte de la diversité des situations locales. D'où l'intérêt de rechercher des formes de sécurisation foncière qui ne soient pas exclusivement assises sur les mécanismes de la propriété privée.

Cet ouvrage est l'aboutissement de plusieurs années de recherche et d'enquêtes de terrain. Une bonne partie des sources et matériaux exploités ont été recueillis sur le terrain et analysés en relation avec les réformes foncières successives intervenues en Guinée avant et après la période coloniale ; processus que l'auteur a directement observé dans la plaine de Timbi-Madina au Fouta Djalon.

 

 

 

L’auteur

 

Moustapha Diop est docteur en socio-anthropologie de développement et a enseigné l'anthropologie politique (DEA) au Département des études africaines à l'université Paris 1.

À la date de parution de l’ouvrage, il était chercheur intégré au Centre d'études des mondes africains (CEMAF) et enseignait, en collaboration avec le professeur Etienne Le Roy, les problèmes fonciers à l'Institut d'études du développement économique et social (IEDES). Ses travaux de recherche, axés principalement sur la Guinée, portent sur les problèmes fonciers, de gestion des ressources naturelles et d'aménagement des espaces.

 

 

 

Commentaire

 

Le propos de cette thèse n’apparaîtra pas différent de tout ce qui précède si l’on s’en tient aux lignes générales. Comme d’autres, M. Diop observe que les conflits fonciers sont au cœur des grandes crises politiques en Afrique, qu’on ne peut les réduire à des conflits interethniques, que la recherche de la sécurisation foncière ne passe pas par la seule diffusion de la propriété privée de type occidental, et que l’accès aux ressources est actuellement un point névralgique de la question foncière. Mais, comme le commente Étienne Le Roy dans sa postface, il faut entrer dans l’analyse anthropologique de l’auteur pour percevoir les diverses nouveautés de son travail. Avant d’en parler, il faut décrire sommairement le cheminement du livre.

Dans une première partie, intitulée « terre et sacré », l’auteur s’intéresse à la sacralisation des terres de bas fonds ou tapades (le mot portugais tapada signifiant parc, enclos, terrain giboyeux), ce qui rend compte des aléas de leur appropriation et de leur mise en œuvre. Si les Peuls n’occupent pas ces terres, c’est parce qu’ils redoutent ces lieux hantés par les ancêtres Jalonké (ou Baga). Mais, avant eux, les Jalonké les ont occupées et exploitées, notamment pour la pomme de terre. Pour que les Peuls, aujourd’hui attirés par les retombées économiques de cette culture, en viennent à exploiter ces terres, il leur faut piétiner leurs anciennes traditions. La seconde partie de son ouvrage est intitulée « terre et territoire ». L’auteur y évoque les effets de la colonisation sur les modes lignagers de contrôle de la terre et sur la gestion des tapades. Enfin, dans la troisième et dernière partie, intitulée « terre et marchés », la préoccupation de l’auteur se porte sur la gestion des ressources dans la plaine de Timbi-Madina. Il y évoque les activités pastorales, agricoles, la spéculation et la concurrence des interventions et enfin s’interroge sur la relation entre le processus d’individualisation et le contrôle lignager sur les terres. Il formule, en conclusion, diverses recommandations concrètes : révision du code foncier et domanial de 1992 ; création de titres fonciers en milieu rural, qui pourrait prendre la forme d’un “Plan foncier rural” précédant la mise en place d’un plan cadastral ; mise en œuvre d’une banque de l’habitat et d’une autre pour le développement agricole ; mise en œuvre d’un plan d’aménagement équitable du territoire. 

Un des intérêts de l’analyse est de démontrer que la complexité de l’histoire et de la géographie des ethnies n’empêche pas que le temps a forgé une identité commune, ce que M. Diop appelle un « patrimoine commun » historique (p. 159 et sv.). Étienne Le Roy résume ce point en parlant d’« endoculturation des valeurs », celles de chefferies et celles des obédiences religieuses (p. 406). Ensuite, M. Diop ajoute aux représentations odologique (l’espace construit par la route), topocentrique (l’espace structuré par un lieu topique) et géométrique (l’espace mesurable et donc ayant une valeur d’usage), une représentation sacrée ou sacralisée conçue comme un autre mode de construction et de contrôle de l’espace. De même le travail de M. Diop dégage le concept dynamique d’ « individualisation imparfaite », c’est-à-dire d’un éclatement des grandes unités familiales en plus petites mais sans aboutir à une individualisation totale. On se trouve bien ici en prise avec la complexité de la relation des sociétés africaines avec ce que nous nommons “personne”, “sujet”, “moi”, termes auxquels Elizabeth Gianola a consacré un chapitre de son ouvrage.

 

 

 

Bibliographie de la notice

 

Élizabeth C. Gianola, La sécurisation foncière, le développement socio-économique et la force du droit, Le cas des économies ouest-africaines de plantation (la Côte d'Ivoire, le Ghana et le Mali), coll. Logiques juridiques, L'Harmattan, Paris 2000, 290 p.

 

On peut consulter la page du Centre d’Etudes du Monde Africain (CEMAF, CNRS) consacrée à Moustapha Diop.

http://www.cemaf.cnrs.fr/spip.php?article228

 

Sur l’urbanisation des tapades à Labé, on lira, sur le site de FIEF, l’étude :

Gérard Chouquer, L’urbanisation des anciennes tapades à Labé (Guinée, Fouta Djalon)

http://www.formesdufoncier.org/index.php?rub=etudes/afriquesubsahara/labe

 

 

G. Chouquer 2010


Accès privé
Pour une navigation idéale, utilisez Chrome