Fiche de présentation de la forêt

et de son exploitation au Congo

 

 

 

§1

Cette présentation utilise principalement la documentation disponible dans les manuels de géographie et celle mise à disposition sur internet par Congo-Site Portail

 

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Lignes de force de la situation dans le bassin du Congo

 

La forêt dense des milieux africains équatoriaux n’est plus que de façon résiduelle une forêt vierge primaire : il s’agit plutôt d’une forêt secondaire, par la pratique régulières des défriches-brûlis, quelquefois en voie de “reprimarisation”. Au sein de cet ensemble, la forêt du bassin congolais offre un ensemble gigantesque d’un seul tenant couvrant environ 1 800 000 km2, deuxième “poumon écologique du monde”, après l'Amazonie, selon l’analogie habituellement utilisée pour en parler. 

Dans cet univers où la fabrication de la biomasse ne connaît pas de rémission (la formule est de Roland Pourtier), la biodiversité est extrême, et il est rare de trouver beaucoup plus d’un individu d’une même espèce végétale à l’hectare. Cette dispersion constitue une contrainte particulièrement forte à l’exploitation, en obligeant à pratiquer la recherche des essences sur des surfaces considérables pour compenser la faible densité à l’hectare. Les peuplements homogènes existent, mais ils sont rares.

L’exploitation porte notamment sur le sapelli, de la famille des acajous ; l’okoumé, propice au déroulage et qui convient pour la fabrication des contreplaqués ; le palmier à huile, qui pousse à l’état naturel ; le raphia, utilisé à la fois pour le textile et pour la boisson.

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Longtemps limitée aux forêts côtières, l’exploitation a changé de forme à partir des années 1960, en s’étendant à des zones de l’intérieur et en se développant par la réalisation de routes de pénétration et l’organisation du transport. Il existe donc un front pionnier d’exploitation forestière qui diffère des fronts pionniers agricoles dans la mesure où il ne s’accompagne pas du défrichement, de l’occupation et de l’attribution de terres à des colons. La morphologie de ce type de front pionnier forestier est donc spécifique.

Économiquement, les États ne maîtrisent pas encore ou pas suffisamment la totalité de la filière bois, et ils ne réalisent souvent que la première transformation (sciage) et non la seconde (la transformation en matière première industrielle : contreplaqués, pâte à papier, par exemple). Même pour les plantations d’eucalyptus de la région de Pointe-Noire, au Congo, créées sur 25 000 ha et dont on pourrait attendre la transformation en pâte à papier sur place, on ne réussit pas à faire mieux que d’exporter les rondins à l’état brut. 

 

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La forêt dans l’État du Congo

 

Le Congo est situé au cœur du Bassin du Congo. La forêt, deuxième ressource du pays après le pétrole, s'étend sur une superficie de 22,2 millions d’hectares, soit 60% du territoire national. Il s'agit du deuxième plus grand massif forestier d'Afrique, après celui de la République Démocratique du Congo. La forêt congolaise est répartie en 3 principaux massifs :

- Kouilou-Mayombé, au sud du pays et le long de la côte (1,5 millions d’ha)

- Chaillu Niari, au nord du précédent

- Nord Congo, enfin, avec 15 millions d’ha.

Le Domaine forestier est divisé en 34 Unités d’aménagement Forestière (UFA).

Chaque unité variant de 200 000 à plus de 1 million d’hectares.

Les surfaces jusqu’ici inventoriées ne couvrent que 25% de la superficie forestière totale. La production annuelle de bois n’a jamais dépassé 850 000 m3, alors que la possibilité annuelle est de 2M m3 de grumes par an. Le bois représente 9 % de recette à l’exportation.

À ce potentiel naturel s’ajoutent 73 000 ha de plantations forestières composées principalement d’Eucalyptus (60 000ha), Limba (7 500 ha), Pins (4 500 ha), autres essences (1000 ha) ;

 

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L’exploitation

 

L’Objectif global de la politique forestière de la République du Congo est d’assurer le développement économique, social et écologique du pays sur la base de la gestion durable des ressources forestières et fauniques. Cette politique s’appuie sur les axes ci-après :

En matière de gestion forestière

- poursuite des inventaires forestiers dans les régions de la cuvette-ouest et de la Sangha

- définition et application des plans d’aménagement dans toutes les concessions forestières

- attribution des grandes surfaces forestières pour l’approvisionnement durable de l’industrie nationale du bois

- retour au domaine des permis forestiers dont la mise en valeur n’aura pas été assurée au plus un an après leur octroi

- utilisation optimale des essences forestières en nombre et en volume par ha

- assurer une exploitation hygiénique de la forêt

- poursuite des travaux d’afforestation en essences à croissance rapide (Eucalyptus,…)

- reboisement des zones dégradées ou surexploitées des forêts naturelles

- développement de la foresterie communautaire en milieu périurbain et rural.

 

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En matière industrielle

- transformation de la quasi-totalité des bois au Congo

- promotion d’une industrie de bois intégrée, à haut rendement matière, et restructuration à moyen terme des usines actuelles

- implantation des unités industrielles susceptibles de mettre en valeur les plantations d’eucalyptus et de pins, acquis scientifiques et techniques de la recherche forestière congolaise

 

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En matière d’exportation

- autorisation d’exporter à terme les bois générant une valeur ajoutée supérieure à celle que procure leur transformation locale. Toutefois ces transactions ne devraient pas dépasser certains plafonds à définir des grumes produites.

- instauration d’une redevance dégressive en fonction du niveau d’élaboration des produits, jusqu’au niveau zéro pour les produits finis.

- amélioration des contrôles à la sortie du bois et du suivi des marchés extérieurs en vue d’optimiser les revenus à l’exportation et les recettes de l’État.

 

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En matière fiscale et de développement

En matière fiscale

- octroi aux entreprises forestières d’avantages fiscaux et douaniers en application du code des investissements

- application d’une fiscalité forestière douce, compte tenu de l’enclavement des principales zones de production

- amélioration de la valeur ajoutée locale

En matière de développement

- contribution au désenclavement et à l’équipement de l’arrière-pays

- création d’emplois en milieu rural

 

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En matière institutionnelle

- renforcement des capacités opérationnelles de l’administration forestière par la formation, le recyclage et le déploiement des agents sur le terrain, et la dotation des structures régionales de pouvoirs plus étendus et de moyens d’intervention

- réorganisation du corps des Eaux & Forêts en accord avec la pratique du métier dans d’autres pays

- adaptation de la législation à la politique forestière du pays

 

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En matière de conservation de la biodiversité

- amélioration et maîtrise de la gestion des aires protégées actuelles (10% du territoire national)

- promotion du secteur de la faune en un support essentiel pour le développement de l’industrie touristique

- lutte contre le braconnage avec l’implication des exploitants forestiers et des populations riveraines

- utilisation économique et environnemental des 7 millions ha de forêts denses, des zones inondables ou marécageuses comme puits de carbone

- coopération au niveau sous-régional et international en matière de conservation et d’utilisation durable des écosystèmes forestiers, dans le respect de la souveraineté et un partenariat responsable

- promotion d’une gestion participative des ressources naturelles

- conciliation des objectifs de développement avec les exigences de la conservation

 

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Le secteur privé d'exploitation forestière au Congo

 

Mieux organisé que les ONG et les associations, le secteur privé a toujours constitué un partenaire important de l’État dans la gestion du domaine forestier. Actuellement ce secteur est constitué par une quarantaine d’entreprises, regroupées autour de 3 syndicats professionnels : UNICONGO, UNIBOIS et UNIFOR

La superficie concédée à l’exploitation forestière est de 9 millions d’ha, soit 45% seulement du couvert végétal. Il existe une potentialité d'environ 600 essences commercialisables, dont seulement 5 sont commercialisées : tiama ; kosipo ; sapelli ; wengue ; afrormosia.

Les produits forestiers autres que le bois sont nombreux et jouent un rôle important dans l’économie congolaise. Il s’agit des produits non ligneux : légumes, fruits sauvages, lianes, rotins, chenilles, etc.

Il existe également 166 essences de plantes alimentaires appartenant à 55 familles, et 800 essences de plantes médicinales appartenant à 1000 familles. Le taux de transformation des produits forestiers est demeuré en dessous de 50%, limitée essentiellement à la première transformation :

sciage : 50 000 m3 en moyenne par an

déroulage : 40 000 m3 par an

plaquage : 35 000 m3 par an

contre-plaqués : 4500 m3 par an

rondins d’Eucalyptus : 500 000 m3 par an.

 

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La deuxième transformation accuse un très faible niveau de développement. Et les mesures suivantes s’imposent :

- restructuration des industries existantes par la modernisation de l’outil de travail et son intégration,

- promotion de l’utilisation du bois dans le bâtiment et Travaux publics

- promotion des essences autres que celle traditionnellement utilisées, en poursuivant les études technologiques

- promotion de la consommation des bois de plantation, notamment des essences à croissance rapides (eucalyptus, pins,…)

 

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Déboisement et reboisement

 

Le Congo subit chaque année un rythme de déboisement de 30 000 à 40 000 ha, dû à l’agriculture itinérante, l’exploitation forestière irrationnelle, les besoins en bois de chauffe. Pour y pallier, l’administration forestière s’emploie à reconstituer le patrimoine détruit à travers des activités du service national de reboisement (SNR).

Le SNR se dote de pépinières et des UPARAs (Unités Pilote d’Aménagement, de Reboisement et d’Agroforesterie). La pépinière de Ngondji, située à 18 kilomètres de Pointe-Noire : superficie 2 ha, une capacité d’environ 2,7M plants par campagne. Les plants sont constitués pour l’essentiel de boutures d’Eucalyptus, à base de clones performants, de semis d’eucalyptus, pins et acacias, ainsi que des semis d’essences forestières locales qui peuplent les galeries forestières. Sans oublier les semis, boutures, greffes et marcottes d’arbres fruitiers sélectionnés, et les sujets d’espèces ornementales. De 1992 à 1998, le SNR a mis en place 2 911 203 ha en forêt dense, en galeries forestières et en savanes.

Les UPARAs opèrent dans les milieux déjà parcourus par l’exploitation forestière. Les zones pauvres identifiées sont ensuite enrichies en essences de valeur. L’UPARA CIB a été créée en 1996, suite à un accord signé entre le ministère de l’économie forestière, la Direction Générale de la Congolaise Industrielle des Bois (CIB), en vue de la gestion durable des forêts de la Sangha, dix parcelles ont déjà été reboisées en essences très diversifiées : sipo, sapelli, tiama, wengue et okoumé, pour une superficie de 144 ha.

 

Dans le même cadre de la reforestation, après la maîtrise de bouturage de l’eucalyptus en 1974, il a été initié un programme de plantation pour l’approvisionnement d’une usine de pâte cellulosique. À ce jour, environ 51 000 ha de forêts plantées ont été mis en place par l’unité d’agroforesterie industrielle du Congo (UAIC) et la Congolaise de Développement Forestier (CDF) dont la fusion a conduit à la création d’ECO.

 

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Les Aires protégées au Congo

Le réseau d’aires protégées atteint 3 655 402 ha, soit 10,68 % du territoire national. Ce réseau est financé par des aides extérieures. Il y a 3 parcs nationaux, 6 réserves, 2 domaines de chasse et 4 sanctuaires : 2 à gorilles, 2 à chimpanzés.

Les principaux parcs nationaux sont :

- le parc national d’Odzala (1 350 600 ha)

- le parc de Nouabalé Ndoki (1 386 590 ha)

- le parc de Conkouati (504 950 ha).

L'insuffisance du personnel de terrain et des moyens de travail limite les activités de contrôle des chantiers forestiers, de l’exportation du bois et de la surveillance de ces aires protégées. Aujourd’hui on compte à peine 200 agents sur le terrain, alors qu’il en faudrait 2000.

L’État sollicite à ce niveau l’apport de partenaires privés.

 

La nouvelle loi forestière qui consacre la gestion durable des forêts vient d’être promulguée. Une nouvelle loi sur la gestion des aires protégées est en cours d’élaboration avec l’appui de la FAO. Cette nouvelle loi repose sur les principes fondamentaux suivant : gestion durable des ressources forestières ; gestion participative impliquant les pouvoirs publics, les populations rurales, le secteur privé et les ONG ; gestion des forêts en tant qu’écosystème ; déconcentration de la gestion des ressources forestières.

 

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Les effets de la crise de 2008-2009

 

L’année 2009 a été une année de crise de l’exploitation forestière, en raison de la chute très forte de la demande. Par exemple, la CIB a réduit sa production annuelle de grumes de 300 000 à 150 000 m3. En décembre 2009, en raison des effets de la crise économique mondiale, la société a licencié 665 employés, fermé la scierie de Kabo et envisage de rouvrir celle Loundoungou.

Dans son article sur la crise de l’exploitation forestière (Libération, 1er septembre 2009), la journaliste Alice Bomboy écrit : « Dans les pays voisins, des sociétés ont déjà mis la clé sous la porte, abandonnant des villages entiers qui ne survivaient que grâce à elles. Le risque est de voir l’exploitation illégale des forêts reprendre du terrain. Le Congo, qui vient pourtant de signer un accord de partenariat volontaire avec l’Europe pour enrayer ses exportations frauduleuses, avait déjà fort à faire : alors que le pays affirme avoir envoyé pour 4,6 millions d’euros de grumes vers la France en 2008, les douanes de l’Hexagone déclarent en avoir importé pour 12,2 millions… Et la France ne représente que 5 % du marché congolais, dont le principal partenaire est la Chine. »

 

 

GC, janvier 2011

 

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Bibliographie

 

Roland POURTIER, Afriques noires, coll. Carré géographie, ed. Hachette, Paris 2010 (2e édition), 288 p.

 

Sur Congo-Site Portail

http://www.congo-siteportail.info/La-foret-congolaise_a804.html

http://www.congo-siteportail.info/La-politique-forestiere-du-Congo-resume_a805.html

http://www.congo-siteportail.info/Le-secteur-prive-d-exploitation-forestiere-au-Congo_a807.html

http://www.congo-siteportail.info/Les-Aires-protegees-au-Congo_a808.html


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